Mon action au niveau provincial

 


Conseil Provincial du Hainaut

Intervention publique
à la tribune du Conseil provincial du Hainaut

Monsieur le Président,
Monsieur le Gouverneur,
Madame et Messieurs les Députés Permanents,
Chers Collègues,
Mesdames, Messieurs,

Si vous le permettez, afin de mieux me faire comprendre, je vais d’abord planter le décor dans lequel s’inscrit « le métier de base » de notre province : l’enseignement.
Nous voici donc arrivés à moins d’un an des prochaines élections provinciales et au dernier budget qui sera voté par cette majorité.
Majorité comme minorité, ont à juste titre cru bon devoir tirer le bilan d’un quinquennat de vie commune d’autant plus que pour la province de Hainaut ce quinquennat est historique puisqu’il vient à la suite de 75 ans de séparation entre les socialistes et les libéraux.
Tous ont constaté que durant cette période, je dirais : « des forces externes hostiles », ne les ont pas épargnés.
Plusieurs orateurs en ont parlé et le rapporteur du budget Guy Roland a employé les termes révélateurs de : « violation de l’autonomie locale et de non-respect d’une institution démocratique ».
Bernard Liébin a pertinemment souligné que la position des partis politiques à l’égard de la province était suivant les époques fort variable.
Il a tout à fait raison et personnellement, je crois qu’il est vain de vouloir « clicher » dans des partis politiques les ennemis des amis des provinces, car ce clivage les transcende.
Il y a des amis et des ennemis des provinces dans tous les partis politiques.
Et suivant les « hommes forts » ou « l’homme fort » ou la « femme forte » du moment au sein de ces derniers l’approche vis-à-vis des provinces est différente.
Il est évident que, si notre collègue au sein de cette assemblée Jean-Pierre Declercq, était président du PS, l’on ne s’en serait pas pris aux provinces dans « un plan d’inspiration libéral » du nom d’un grand général américain !
La question est loin d’être nouvelle.
Le plus grand penseur politique de la France du XIXe siècle le Libéral Alexis de Tocqueville avait soulevé ce phénomène de tension entre la centralisation et décentralisation.
En outre, en Wallonie, le problème est « socio-institutionnel » : un pouvoir jeune, en l’occurrence la Région, essaye par tous les moyens d’asseoir son pouvoir et de l’étendre au détriment d’autres, et spécialement les plus vulnérables.
Dès lors, d’emblée la réforme de l’État est apparue comme un nouveau facteur de la tension centralisation / décentralisation.
En outre comme depuis le premier janvier 2002, la Région Wallonne a reçu la compétence de limiter les matières gérées par les provinces :
les compétences qui résultent de la décentralisation sont d’autant plus susceptibles d’être vidées de leur substance par voie de « centralisation régionale ».
L’on nous a même précédemment expliqué, sans rire le « principe de subsidiarité » dans le sens contraire de son acception habituelle !
En effet, selon ce principe l’intervention subsidiaire d’un pouvoir ne se justifie que si aucun pouvoir « INFERIEUR » ne peut agir de façon plus efficace dans un cadre décentralisé.
Cela implique donc en l’espèce que l’État fédéral, la Communauté française et plus spécialement la Région wallonne ne sont autorisés à agir que si les besoins des citoyens ne sont pas d’une manière ou d’une autre rencontrés par d’abord l’intervention communale et ensuite l’intervention provinciale.
On est loin du compte, en fait :
au lieu de « décentraliser », on a « régionalisé la centralisation » !
Pourtant, lors de la rentrée académique de l’U.M.H. ce vendredi 7 octobre, le recteur dans son discours soulignait que toutes les études concordaient pour prouver que globalement, c’était les institutions intermédiaires qui s’avéreraient les plus efficientes.
Ce n’est donc pas uniquement une question de mode de démocratie, mais c’est aussi une question d’efficacité.
Devant cet état de fait j’ai envie de dire,… de vous dire : « pro… pro…vincialistes de tous les partis unissez-vous ! »
Face à toutes ces tensions externes, je pense très sincèrement que nous avons bien travaillé et que nous avons très bien réagi et qu’il faut continuer dans ce sens.
En effet, « Le recentrage de la province vers ses métiers de base » et donc principalement l’enseignement, a notamment constitué une réponse adéquate.
De ce point de vue, les chiffres sont éloquents :
- Ainsi, si le budget 2000 préparé sous l’ancienne législature, totalisait en dépenses 10 milliards 192 millions de FB, celui de 2006 totalise en dépenses 10 milliards 959 millions FB soit une augmentation en six ans de 7,46 % des dépenses, ce qui ne représente pas la couverture de l’inflation :
Sous cette législature, les dépenses ont donc en francs constants diminué.
- Les impôts sont passés de 6 milliards 347 millions de FB au budget 2000 à 7 milliards de FB en 2006, soit une augmentation de 10 % ce qui couvre à peine l’inflation, donc :
Sous cette législature, il n’y a eu aucune augmentation des impôts et comme l’a souligné le Député Permanent Pierre Dupont le budget 2006 affiche même « une diminution historique ».
Et pourtant, et pourtant si l’enseignement aux rubriques ; « affaires générales », « secondaires », « scientifiques », « handicapés » totalisait au budget 2000 : 4 milliards 590 millions de FB ; au budget 2006, les dépenses relatives à l’enseignement passent à 5 milliards 775 millions de FB :
une augmentation de plus d’un milliard de FB, soit une augmentation de plus d’un quart au cours de cette législature !
Ainsi, si sur base du budget 2000 la part de l’enseignement dans les dépenses totales était de 45 %, au budget 2006 elle est de 52 %.
Désormais, plus de la moitié des dépenses totales sont consacrées à l’enseignement, cela aussi c’est historique !
Vous pouvez pour calculer la part de l’enseignement dans le budget provincial, procéder autrement en calculant sa part par rapport aux dépenses spécifiques en excluant des dépenses totales les dépenses générales.
En effet, celles-ci dans une comptabilité analytique seraient réparties entre les différentes fonctions ou secteurs dits productifs ».
Dans ce cas, la part réservée à l’enseignement diminue puisqu’elle passe de 64 % au budget 2000 à 62 % au budget 2006.
Pas normal, me direz-vous.
Pas du tout, c’est tout simplement parce que proportionnellement les frais généraux à enlever des dépenses globales sont moindres au budget 2006 qu’au budget 2000.
Les frais généraux représentaient au budget 2000 : 30% des dépenses et au budget 2006, ils ne représentent plus que 28% des dépenses, notamment du fait qu’au cours de cette législature la dette générale a fondu d’un tiers passant de 326 millions FB à 109 millions FB
Donc, donc…encore, encore un bon point.


Monsieur le Président,
Monsieur le Gouverneur,
Chers Collègues,

Nous avons donc, durant cette législature sans pour autant avoir augmenté les dépenses ni la fiscalité - même diminué celle-ci - respecté notre engagement de « recentrer la province sur ses métiers de bases » : les chiffres le prouvent, c’est indiscutable !
Lors de la séance du 21 juin 2001 Claude Durieux, alors porte-parole de la majorité déclarait : (je cite) :
« En tout état de cause, la majorité PS-PRL estime que ces éventuels transferts sont à envisager dans les deux sens.
Si les compétences provinciales peuvent, en effet, être utilement exercées par d’autres, les Provinces sont, elles aussi, idéalement situées pour remplir des missions à caractère supralocal liées à l’évolution de la société » (fin de citation)
En reprenant l’enseignement secondaire communal de la Ville de Mons et un Athénée de l’enseignement de la Communauté française, n’est-ce pas ce que nous avons fait ?
Qui pourrait prétendre le contraire ?
« Nous avons dit ce que nous aillions faire et nous avons fait ce que  nous avions dit» !
Non seulement, il s’agit de respecter nos engagements, mais recentrer la province sur ces « métiers de base » et exceller dans ceux-ci, comme en particulier l’enseignement
– Je ne citerai pas toutes les innovations dans ce domaine puisque le Député Permanent Jean-Pierre Declercq l’a fait –exceller dans nos métiers de base, constitue la meilleure réponse aux tendances externes centralisatrices d’où qu’elles viennent et de qui elles viennent.
D’où qu’elles viennent et de qui elles viennent.
La spécialisation, par la province dans des domaines particuliers, ses « métiers de base » doit continuer et s’accentuer :
elle constitue la meilleure « arme de défense », contre toute attaque externe tant d’ordre institutionnel que d’ordre concurrentiel.
Comme l’a souligné le Député Permanent Jean-Pierre Declerq la Province « s’identifiera par ses et son métier de base ».
Souvenons-nous du sondage de l’année dernière effectué par la société Dialogic.
Les résultats confirmaient que 72 % des citoyens sondés identifiaient la province comme une opératrice de l’enseignement technique et professionnel et 84 % estimaient que « c’est une bonne chose qu’elle s’y implique ».
Je pense qu’il devient très difficile de nous enlever les domaines dans lesquels on excelle et en particulier un domaine qui nous identifie.
En outre, nous sommes aussi parés face à la concurrence privée dans le cadre de ce qu’on appelle aujourd’hui « la mondialisation ».

C’est un principe fondamental de marketing :

il vaut mieux, par sa spécificité, nager allègrement dans un petit bassin peu encombré que de vouloir nager dans une mer envahie de requins !
L’enseignement de la province qui tous les jours fait ses preuves et innove dans de nombreux domaines, doit poursuivre sa stratégie en se fixant des objectifs de plus en plus propres à la Province de Hainaut.
Ces objectifs sont basés sur certains constats que la Province, pouvoir de proximité peut mieux que quiconque appréhender.
À cet égard, si le Député Permanent Pierre Dupont a parlé de « projet pédagogique adapté à la société moderne »,
Monsieur le Gouverneur dans son discours a parlé de :
« missions spécifiques de l’enseignement hennuyer de façon à le faire coller à la réalité du terrain ».
Et Monsieur le Gouverneur a notamment cité trois problèmes spécifiques à notre Province :
1. Le problème essentiel de la santé en Hainaut.
2. Le problème de la prise de conscience chez les jeunes de leur « citoyenneté »
3. Le fait que seulement 20 % en Hainaut ont accès à Internet.
Et je me permettrais d’ajouter aussi, le fait que le taux d’accès à l’université dans la Province de Hainaut est inférieur à la moyenne des provinces wallonnes
Voilà donc quatre problèmes essentiellement hennuyers auxquels notre enseignement peut trouver les moyens adéquats d’y répondre.
Grâce à notre enseignement performant, nous devons tout mettre en œuvre pour répondre à ces problèmes, par exemples :
- Au problème de santé, il s’agit de mettre tout en œuvre pour que dès le plus jeune âge des habitudes alimentaires - reproduites à l’âge adulte - se créent.
L’on pourrait imaginer dans ce domaine, par exemple une collaboration de la Province sous forme de coordination avec les communes et leurs cantines scolaires puisque ce sont les communes qui organisent essentiellement l’enseignement fondamental.
- Au problème d’accès à Internet, il faut tout faire pour éviter à moyen terme une nouvelle forme d’analphabétisme et d’exclusion sociale : « l’analphabétisme technologique ».
Notre enseignement peut aussi dans ce domaine jouer un rôle fondamental, par exemple en trouvant les moyens de s’ouvrir davantage au public.
- Au problème de la citoyenneté, problème essentiel en Hainaut car cette prise de conscience est cruciale face à la montée de l’extrême droite.
Condorcet disait en 1792 : « Plus un Peuple est éclairé, plus ses suffrages sont difficiles à surprendre ».
L’accent sur différents moyens d’y parvenir doit encore s’accentuer grâce à notre enseignement, par exemple :
. en développant des cours actifs spécifiques sur le fonctionnement de nos institutions démocratiques.
. en accentuant à l’issue de procédures démocratiques, la participation responsable des étudiants à l’organisation même de l’école.
Ils peuvent ainsi, dès le plus jeune âge « s’approprier » réellement une participation citoyenne.
. mais aussi en développant de manière transversale l’esprit critique.
Là, il convient d’être extrêmement vigilant :
ainsi, un livre écrit par deux enseignants français, d’histoire et de géographie, vient de paraître il est intitulé « Élèves sous influences ».
Ces enseignants dénoncent certaines dérives où par exemple :
les terroristes sont présentés comme des espèces de syndicalistes au service des peuples du monde défendant une meilleure répartition des richesses.
Je ne suis pas certain que nous soyons à l’abri de tel dérapage !

Voilà,
Monsieur le Président,
Monsieur le Gouverneur,
Chers collègues,

quelques propositions que je vous soumets.


Enfin, j’estime que l’on a beau injecter en Hainaut tout l’argent du monde et élaborer les meilleurs Plans du monde ils resteront des « Plans sur la comète » si les mentalités, si la Culture ambiante n’y changent pas.
Des économistes, des sociologues dont déjà au 19e siècle, le célèbre Weber, ont largement prouvé la corrélation entre l’essor économique d’une région et l’état d’esprit de ses habitants.
Là, aussi notre enseignement et spécialement notre enseignement en alternance par l’intermédiaire de ses formateurs devenant de véritables « leaders transformationnels », peut aussi jouer un rôle de fondamental.
Ce dont le Hainaut a le plus besoin c’est d’un « électrochoc Culturel » !
Et, je terminerai sur un rôle de coordination que la Province peut jouer et qui a aussi trait à la Culture ambiante.

Monsieur le gouverneur, a souligné à juste titre le problème social inhérent à la province de Hainaut et il a souhaité une réflexion globale sur l’action sociale.
Cela est effectivement essentiel.
Il m’apparaît que l’action sociale est encore beaucoup trop cantonnée dans « l’assistanat pur ».
il faut se tourner résolument vers « l’action sociale proactive » :
« comment apprendre à pêcher pour éviter de devoir donner des poissons toute
 une vie ! »
Voilà pour nous quelle devrait être la finalité de toute action sociale.
Je propose donc – et enseignant à l’École Sociale de Communauté Française, j’ai pris les contacts nécessaires avec la direction – qu’en collaboration avec celle-ci, la Province prenne l’initiative d’organiser un vaste colloque de réflexion sur ce sujet fondamental en Hainaut.


Monsieur le Président,
Monsieur le Gouverneur,
Chers Collègues,

J’espère modestement que mes réflexions et propositions ont pu apporter une petite pierre à l’édifice, que pour le bien-être de la population hennuyère, nous voulons tous ensemble construire.

Je vous remercie de votre attention.


Annexes

En FB
Budget 2000 (excédent propre 19.598.000)  Budget 2006 (excédent propre 208.799)
Total dépenses : 10.192.179.000     10.959.451.010 + 76 millions 72 mille Soit 7,46% en plus (moins que l’inflation)
Fonds des provinces : 1.659.047.000     2.632.735.408  soit : + 973.688.407 (+ 58, 69%)       
Impôts :                       6.347.899.000     7.022.368.905  soit : + 674.469.905 (+ 10,6%)    
Enseignement : 4.590.871.000 (45% du budget)       5.775.029.989 (52% du budget)
Plus de la moitié des dépenses de la province sont désormais consacrées à l’enseignement.-
        
Augmentation globale de : 1.184.158.989  (+ 25, 80%)

                     

  Budget 2000      Budget 2006
affaires générales 1.550.804.000    2.077.913.251   
secondaires  1.058.897.000       1.274.649.631
scientifique  422.978.000 523.663.093
handicapés 1.558.192.000  1.898.804.014
 

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