« Le
Manifeste des Réformateurs » (ce dernier figure sur
le site du MR à l’adresse: http://www.mr.be/Le-Mouvement/Nos
Valeurs/LE-MANIFESTE.pdf
Certaines affirmations du « Manifeste des Réformateurs »
amendé à Rochefort le 31 août 2002 ont dû « interpeller »
les Libéraux du «Mouvement Réformateur » … |
Si le L de
Libéraux dans l’appellation « Mouvement Réformateur » a
disparu, le Manifeste des réformateurs, affirme avec force :
«Le Mouvement Réformateur trouve son fondement dans l’idéal
de liberté qui a fondé la démocratie libérale dans laquelle
nous vivons.
Le libéralisme a été partie prenante de chacune des grandes
réformes requises par le développement de la société (…). Sa
force vitale est le respect de la liberté de l’être humain.
Liberté qui est toujours au cœur du libéralisme authentique,
celui qui tend à concilier démocratie, initiative, justice
sociale et éthique politique ».
Ce Libéralisme « authentique » est nuancé et explicité, il
s’agit d’un « libéralisme politique et social » réconciliant
Liberté et Egalité, fondé sur « une idéologie de la
citoyenneté libre, solidaire et responsable » et de peur
qu’on le confonde avec ’’un capitalisme (dit) sauvage’’, le
terme même de libéralisme économique est ’’omis’’ : ainsi
sur le plan économique, il s’agit d’un libéralisme ’’amputé
de sa main invisible’’, mais certainement pas manchot car
s’il n’est pas question de « laisser agir les seules lois du
marché ».
L’on précise qu’il faut « organiser la saine concurrence » :
en fait, réglementer l’économie de marché pour qu’elle se
’’régule’’ mieux !
Qu’elle est la signification de cette « main invisible » ?
La théorie de la « main invisible » qui oriente les actions
des individus dans un sens favorable à la collectivité est
issue de la Théorie des sentiments moraux (1759) de Adam
Smith (1723-1790), fondateur de l’école classique d’économie
politique et qui l’explicite dans La richesse des nations
(1776).
L’économiste Adam Smith défend la thèse que même si chaque
individu, chaque entrepreneur, ne cherche que son propre
profit, ce profit personnel s'accorde néanmoins avec les
buts de l'industrie nationale.
En cherchant à accroître ’’égoïstement’’ son revenu
personnel, chacun contribue finalement à accroître le revenu
du pays et donc le revenu et le bien-être de tous.
Chacun est «conduit par une main invisible » à remplir une
fin qui n'entre nullement dans ses intentions, et ce n'est
pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la société que
cette fin n'entre pour rien dans ses intentions car on
travaille de façon plus efficace lorsque l'on croit
poursuivre son propre profit que s'il s'agissait du bien
général.
Améliorer son propre sort est un «désir qui nous vient dès
notre conception, et qui ne nous quitte jamais que dans la
tombe» : en laissant agir chaque individu selon ce désir,
c’est bénéfique à la société tout entière, il faut donc dans
l’intérêt de tous « Laisser faire, laisser passer ».
Déjà Bernard Mandeville (1670-1733), en 1705 avait publié à
Londres un pamphlet intitulé The Grumbling Hive, or Knaves
Turn’d Honest (« La Ruche mécontente, ou les Coquins devenus
honnêtes »).
Et en 1723, Mandeville fit scandale en publiant le même
texte sous le titre « La Fable des abeilles », assorti d’un
sous-titre qui est à lui seul tout un programme : Private
Vices, Public Benefits.
Dans l’édition française, le sous-titre est encore plus
explicite : « Les vices privés font le bien public. »
L’auteur y ajouta un ’’Essai’’ sur la nature de la société,
où il met les points sur les i : « Ni les qualités qui
forment les liaisons d’amitié, ni les affections naturelles
à l’homme, ni les vertus réelles qu’il est capable
d’acquérir par la raison, ni le renoncement à soi-même ne
sont le fondement de la société. C’est ce que nous appelons
Mal dans le monde, soit moral, soit physique, qui est le
grand principe pour nous rendre des créatures sociables. » :
jusqu’alors, on pensait et l’on enseignait que l’économie
était un moyen qu’il fallait ordonner vers une fin, plus
spécialement la grandeur d’un prince ou d’un Etat, ou dans
une moindre mesure la charité, ou encore le bien commun.
Par la rupture radicale introduite par Mandeville,
l’économie devient autonome, se passe de toute morale et une
sorte de diabolique providence est substituée, quasiment
terme à terme, à la divine providence, qui jusqu’alors était
censée gérer le destin de l’humanité.
Cet immoralisme ne pouvait évidemment que heurter les
instances de l’ordre établi, à savoir l’Etat, l’Eglise, mais
aussi les corporations.
Ainsi, le libertaire docteur en médecine Mandeville, est
surnommé de son vivant l’« homme-diable » (« Man Devil »)
par un jeu de mots difficilement évitable.
« L’homme-diable » fut donc condamné en 1723 par le grand
jury du Middlesex.
En France, la traduction de son ouvrage fut livrée au
bourreau pour qu’il la brûle.
Ainsi plus d’un demi-siècle avant Adam Smith, Mandeville
invente la notion de « main invisible »
Pourtant, Adam Smith qui s’était préparé à une carrière
ecclésiastique, aura des mots très durs pour ’’l’immoral’’
Mandeville ; il ne le cite pas une seule fois dans
Recherches sur la nature et les causes de la richesse des
nations (1776) : les libéraux classiques considéraient les
institutions ou les lois comme bonnes ou mauvaises suivant
qu’elles remplissaient ou non un critère éthique.
La « main invisible » reprenait cependant, sous une forme
moins choquante l’idée essentielle de la fable maudite et de
Bernard Mandeville à Adam Smith, de la Fable à la Richesse
des nations, il est aisé de trouver des relais qui assurent
le transport de l’idée à travers le XVIIIe siècle.
Adam Smith introduisit une subtile nuance en soutenant que
nous sommes guidé dans nos actions non seulement par notre
intérêt personnel mais aussi par le jugement que les autres
portent sur nos actions.
Deux siècles plus tard, Fiedrich A.Hayek, trente ans après
avoir condamné l’intervention des autorités publiques dans
son livre à contre-courant du keynésianisme
interventionniste : « La route de la servitude » (1944),
dans son ouvrage « Droit législation et liberté » (1973),
souligne que le grec classique avait par rapport à nous
l’avantage de posséder deux mots distincts propres à des
types d’ordre, « taxis » pour un ordre arrangé ou disposé,
par exemple un ordre de bataille et « Kosmos » pour
signifier un ordre issu de la pratique.
« Kosmos », est pour Hayek un ordre qui n’est l’œuvre
délibérée de personne, c’est un ordre spontané qui existe
dans la nature et comme « la main invisible » qui est
l’image par laquelle Adam Smith, dans la langue de son
temps, décrivait comment l’Homme est conduit à promouvoir un
résultat qui ne faisait nullement partie de ses intentions :
« Kosmos », se forme par adaptation des éléments individuels
qui le composent et donc aucun n’a besoin de connaître la
totalité.
En outre, « Kosmos » peut englober des circonstances si
complexes qu’aucun esprit humain n’est capable de les
embrasser toutes, et en utilisant les forces ordonnatrices
spontanées, nous pouvons provoquer la formation d’un ordre
dont la complexité est bien plus élevée que tout ce que nous
aurions pu maîtriser intellectuellement ou disposer
délibérément : ainsi l’ordre du marché s’il peut présenter
certains défauts, n’en est pas moins le seul où de si
nombreuses activités, fondées sur des connaissances
dispersées, peuvent se trouver intégrées effectivement dans
un ordre unique.
Le rôle essentiel de ’’La Gouvernance’’ est d’éditer un
minimum de règles pour qu’un tel ordre soit observé : cette
’’Gouvernance’’ est comparée au service d’entretien d’une
usine dont l’objet n’est pas de produire des biens ou des
services, mais de veiller à ce que la machinerie soit
maintenue en bon état de marche.
Il faut donc guider les actions des Hommes par des règles,
plutôt que par des commandements spécifiques, c’est là ce
qui fait la différence essentielle avec la conception
socialiste et « l’illusion constructiviste» d’une société
planifiée où le concept de l’ordre est interprété comme un
arrangement opéré par quelqu’un « taxis » et dés lors repose
sur une structure sociale hiérarchique, des relations de
commandement où ce que chacun doit faire ce qui est
déterminé par une autorité supérieure dans un but fixé
d’avance.
Dans d’autres registres, la minéralogie, la thermodynamique,
la cybernétique, la biologie moléculaire, l’analyse
systémique, le management (à la Culture d’entreprise)… et
même la pédagogie de Piaget (développement épigénésique :
l’assimilation cognitive), soulignent comment et à quelles
conditions le hasard peut contribuer à créer de la
complexité organisationnelle au lieu de n’être qu’un facteur
de désorganisation.
En outre, l’étude empirique des externalités et « des effets
pervers », vient apporter de l’eau au moulin des partisans
d’une « gouvernance service d’entretien’ » puisque
l’intervention des pouvoirs publics rompt régulièrement «
l’ordre spontané », en créant des effets pervers supérieurs
aux « désordres » et dysfonctionnements que cette
intervention « autoritaire » voulait corriger !
Le Manifeste du Mouvement réformateur, exprime clairement
’’son’’ modèle social : « Le modèle social doit garantir la
juste répartition des richesses afin d’aider les plus
faibles et permettre leur émancipation sans décourager les
plus créatifs et les plus entreprenants ».
Si le Libéralisme économique, est à la source du plus
gigantesque progrès social que le monde ait connu depuis le
XIXe siècle, car il ne saurait avoir de progrès social sans
création préalable de richesse, le capitalisme, laisse en
suspend la question de la ’’juste’’ répartition de celle-ci.
Winston Churchill disait : « Le vice inhérent au capitalisme
consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu
inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de
la misère »
Pour le libéral du Mouvement Réformateur ils est dés lors
inconcevable de dissocier le libéralisme économique d’une
éthique sociale et politique, ce n’est certainement pas un
’’Man Devil’’.
En outre, si la Liberté reste la valeur fondamentale
exprimée maintes fois dans le Manifeste, son exercice
implique comme préalable : « d’assurer à chacune et chacun
les moyens de vivre avec dignité (…) », c'est-à-dire « la
solidarité ».
C’est le socialiste français Léom Blum (1872-1950) qui
affirmait en 1901 : « Toute société qui prétend assurer aux
Hommes la liberté doit commencer par leur garantir
l’existence » !
Le tout consistera à déterminer au plus prés et expliciter
ce qu’il faut entendre par ’’juste’’ répartition ainsi qu’à
déterminer le point fiscal optimal de répartition des
richesses qui ne décourage pas les plus entreprenants, car
lorsque ceux-ci sont découragés et s’arrêtent de créer des
richesses partageables, c’est finalement au détriment des
plus défavorisés : le principe « trop d’impôt tue l’impôt »
est réaffirmé dans le Manifeste.
« L’idéologie réformatrice », se veut originale et non une
compromission entre le libéralisme et le socialisme, elle
condamne : « le rêve d’un Etat-Providence, prenant en charge
tous les besoins que l’activité économique ne rencontre pas
(…) », elle « concilie la place de l’individu avec le rôle
régulateur de l’Etat »
Cette « idéologie réformatrice » de «L’Etat social actif »
prend sans aucun doute son inspiration dans ce que le
sociologue britannique Antony Giddens, proche de Tony Blair,
nomme ’’La Troisième voie’’.
Dans un tableau synthétique, Antony Gildens compare ’’La
Toisième voie’’ avec ’’La social-démocratie’’ et le
’’Néolibéralisme’’.
Si la social-démocratie prône : une participation étendue de
l’Etat dans la vie économique et sociale, un rôle restreint
au marché, un Etat-providence protégeant les citoyens du
berceau au tombeau et le néolibéralisme : un gouvernement
minimal, un fondamentalisme en ce qui concerne le rôle
primordial du marché, un Etat conçu comme un filet de
sécurité; la troisième voie veut : une action publique si
nécessaire, efficace en partenariat avec la société civile
et avec un nouvel individualisme responsable et citoyen, un
marché à privilégier lorsqu’il est performant, mais à
surveiller dans ses conséquences, un Etat social actif,
c'est-à-dire conçu comme un facilitateur de la prise de
responsabilité et de risques individuels.
La troisième voie pense qu’on fait fausse route en procédant
à une simple redistribution des ressources, en créant ainsi
des ’’êtres perpétuellement assistés’’, ce qui compte
essentiellement c’est une redistribution des possibilités.
Ainsi, le Manifeste des Réformateurs précise : « (…) qui
concilie la place de l’individu avec le rôle régulateur de
l’Etat »; « Les Réformateurs s’engagent à assurer le
développement d’un Etat social actif où la sécurité sociale,
en plus d’être garantie, s’accompagne de dispositifs visant
à libérer les exclus de toute forme de dépendance vis-à-vis
des mécanismes sociaux.
Par exemple, il faut compléter les indemnités de chômage par
des véritables mécanismes de réinsertion sur le marché du
travail » « Les Réformateurs veulent coupler la liberté du
marché consolidée par des systèmes destinés à prévenir ses
dysfonctionnements et à remédier à leurs conséquences avec
la redistribution équitable des richesses (…) »
Alors plus de « main invisible » ? …
… Peut-être ? Mais en tout cas certainement pas ’’d’illusion
constructiviste’’, de relations basées sur le commandement,
d’une économie planifiée et d’une structure sociale
hiérarchique, mais : un Etat régulateur, la mise en place de
dispositifs participatifs et de mécanismes sociaux
responsabilisant des individus citoyens dans des systèmes
prophylactiques.
Peut-être plus « La main invisible », mais « des mains
invisibles » indubitablement! |
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