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Texte publié
le 1-4-2005 par l’Institut Hayek
En 1845, l’économiste Frédéric Bastiat dans son ouvrage «
Sophismes économiques », s’élevant contre les barrières à la
libre circulation des biens et des services faisait
remarquer que l’homme consommateur est d’autant plus riche
qu’il achète toutes choses (biens et services) à meilleur
marché et que si l’homme était solitaire (Robinson Crusoé
dans son île), s’il travaillait exclusivement pour lui et
n’échangeait pas, il serait évident que l’abondance d’où
qu’elle vienne lui est avantageuse, elle peut être le
résultat d’outil et de machine qu’il invente, de la
libéralité de la nature et même d’une mystérieuse invasion
de produits que les flots auraient apportés sur le rivage.
Robinson comprendrait aisément que le travail n’est pas un
but, mais un moyen et qu’épargne de travail n’est autre
chose que le progrès.
Or, à notre époque les théories relatives au «
Protectionnisme » ont changé d’appellation et se nomment «
Altermondialisme ».
Pour reprendre ce qu’avait inscrit le philosophe Malebranche
(1635-1715) sur le frontispice de son livre « Recherche de
la vérité » : « L’erreur est la cause de la misère des
hommes ».
Ainsi en 1983, Michel Albert dans son livre « Un pari pour
l’Europe », décrivait le coût que faisait subir les
protectionnistes bien intentionnés aux contribuables
intracommunautaire: droit de douane, coût des files
d’attente des camions aux douanes…
Il estimait ce coût à 50 milliards d’écus (1983), soit 15 %
de l’impôt des personnes physiques et plus précisément que :
« chaque travailleur du Marché commun travaille en moyenne
une semaine chaque année pour nourrir la douane et ce qui
s’y rattache (...) »
Fort heureusement en ce qui concerne les marchandises les
barrières douanières ont disparu, il aura fallu du temps
lorsque l’on sait que la doctrine mercantiliste prônant le
protectionnisme sévit depuis le 16e siècle et qu’elle fut
combattue, d’abord par les physiocrates du 18e siècle et
depuis quasi la même époque, avec tout l’acharnement du
Libéralisme naissant !
L’intérêt du producteur n’est donc plus le seul à être pris
en considération, il est enfin tenu compte de l’intérêt du
consommateur et la diversité des coûts de production des
marchandises n’est plus considérée comme un obstacle : on ne
saura jamais produire des oranges en Belgique au même coût
qu’en Espagne !
De plus, la Cour européenne de justice dans « l’arrêt Cassis
de Dijon » (CJCE, affaire 120/78 du 20 février 1979),
considère que l’absence d’harmonisation communautaire des
réglementations ne saurait justifier l’attitude qui revient
à entraver la liberté de circulation et consacre « le
principe du pays d’origine » en concluant que : « tout
produit légalement fabriqué et commercialisé dans un État
membre, conformément à la réglementation et aux procédés de
fabrication loyaux et traditionnels de ce pays, doit être
admis sur le marché de tout autre État membre ». C’est le
principe de reconnaissance mutuelle par les États de leurs
réglementations respectives tant qu’il n’y a pas
d’harmonisation.
D’après une étude de la Commission européenne publiée le 13
janvier 2004, l’ouverture des frontières a créé depuis 1992,
deux millions d’emplois dans l’Union Européenne.
Néanmoins, si le marché intracommunautaire des marchandises
est réalisé, il ne représente que 53,6 % du PIB de l’Union
(hors administration publique et services sociaux) et 70 %
des emplois, mais seulement 20 % des échanges
intracommunautaires.
Or, bien que l’article 14.2 du Traité instituant la
Communauté européenne prévoit que le marché intérieur
comporte un espace sans frontière dans lequel la libre
circulation des marchandises, des personnes, des services et
des capitaux est assurée et que l’article 49 du même Traité
dispose que les restrictions à la libre prestation de
services à l’intérieur de la Communauté sont interdites à
l’égard des ressortissants des Etats membres établis, dans
un pays de la Communauté autre que celui du destinataire de
la prestation, en ce qui concerne la libre circulation des
services, la diversité des législations est considérée,
comme un important obstacle à celle-ci..
Constatant qu’une harmonisation poussée demanderait des
dizaines de directives sectorielles et donc beaucoup de
temps, la Commission européenne le 13 janvier 2004 par la
directive Bolkestein, outre des simplifications
administratives, fait choix du principe du pays d’origine,
c'est-à-dire que le droit applicable à une prestation de
services est celui de l’État dans lequel l’entreprise qui
fourni la prestation a son siège statutaire quel que soit
l’État dans lequel a lieu l’opération.
La directive Bolkestein touche à deux aspects distincts
(article 1) :
• La liberté d’établissement des prestataires de services
• La libre circulation des services (en fait, un service
transfrontalier sans être établi dans l’État membre de la
prestation)
La notion de service est définie comme toute activité
économique non-salariée visée à l’article 50 du Traité
instituant la Communauté européenne et consistant à fournir
une prestation qui fait l’objet d’une contrepartie
économique (article 4).
Ainsi sont exclus les services fournis par l’État dans le
cadre de sa mission de services publics comme l’éducation.
En outre, les services de transports, les droits d’auteurs
sont aussi exclus du champ de la directive.
Dans ce deuxième aspect, 23 dérogations générales au
principe du pays d’origine (article 17) et 3 transitoires
jusque 2010 ou en attendant l’harmonisation (article 18)
sont prévues, elles concernent notamment le détachement des
travailleurs, les qualifications professionnelles, la
coordination des régimes de sécurité sociale et même en cas
de détachement de travailleurs des inspections ou dans
certains cas l’octroi d’un visa.
En outre, le principe du pays d’origine applicable à une
prestation de service n’est pas une nouveauté au sein de
l’Union européenne, l’on peut citer dans des domaines
spécifiques la directive sur la télévision sans frontière
(89/552/CEE) ou sur le commerce électronique (2000/31/CE)
D’après, une étude du Commissariat général du plan
néerlandais, l’impact de la directive serait un
accroissement des échanges de services intra-européens de
l’ordre de 15% à 35% et une augmentation du PIB de 1 % à 3
%.
En outre, une étude danoise rendue publique le 9 février
2005 par la Commission européenne estime que la proposition
de directive pourrait créer 600.000 emplois dans l’Union
européenne, en raison des barrières à l’entrée de certains
marchés de biens et services qu’elle permettrait de lever.
La consommation augmenterait de 37 milliards d’euros et la
valeur ajoutée des services de 33 milliards d’euros : bien
entendu, le consommateur en payant moins cher ses services
est plus riche et consomme donc plus avec les conséquences
sur l’emploi qui en découlent !
Mais malheureusement les intérêts corporatistes ou du
producteur font souvent oublier que l’homme est avant tout
consommateur.
L’on peut conclure qu’il existe un certain manque de nuances
dans les positions alarmistes des altermondialistes en ce
qui concerne la directive Bolkestein.
• Il n’existe aucun état des lieux comparatif des
réglementations nationales des pays de l’Union européenne et
de leur impact, c’est là un travail auquel devrait se livrer
la Commission européenne.
• Le marché libre, par la concurrence nivelle dans les faits
les conditions : ainsi, les préférences des consommateurs ne
portent pas uniquement sur les prix, mais sur la qualité du
service et notamment sur la sécurité juridique attachée à la
prestation de services.
• À la demande de la Région wallonne, une étude économique
objective sur l’impact en terme d’emploi et de croissance en
Wallonie de la libéralisation des services entre les États
membres serait fortement souhaitable.
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